L'Atelier de Maya, Koenig lane 1, Saint Paul-Phoenix. Tel. : 606 3212

Innocence

Innocence

Innocence

Innocence

L’annonce vient de tomber. Comme un couperet. Comme un non-retour. Alors que presque le monde entier est en confinement. Nous sommes ici un « Island Safe », une île sans risque, sans COVID.

 

Une île pénarde. Comme on dit souvent perdue au milieu de l’Océan indien. Finalement, assez content de notre sort. De nous en être pas trop mal sorti par rapport aux autres. Nous regardons ses autres pays dévastés par cette fichue maladie. Sans doute égoïstement en pensant « heureusement » pas chez nous !

Innocents que nous sommes.

Nous écoutons nos familles, nos amis nous raconter comment c’est chez eux. Comment ils vivent depuis plus d’un an avec la peur au ventre. Avec ce masque qui est devenu comme une deuxième peau au bout de leur nez. Avec ce gel hydroalcoolique qui finit par leur tourner la tête.

Nous les écoutons nous raconter que les femmes ne se maquillent plus, que les gens ont le teint pâle, que les enfants ne jouent plus et qu’ils étouffent de ne plus sortir. Privés de liberté, privés de ceux qu’ils aiment, privés de soleil.

Nous les écoutons avec attention. A l’autre bout du monde. Toujours de loin. « Heureusement, pas chez nous ».

Pensez donc, avec nos un peu plus d’un million deux d’habitants, si cette maladie arrivait ici et se propageait, notre petite île serait décimée et pour le coup réellement perdue ! Nous ne pouvions être que dans le déni.

Inconscients que nous sommes.

Et puis, nous aussi nous avons eu droit à notre confinement, à notre « lockdown » l’année dernière. Nous aussi nous avons participé à l’effort collectif. Nous aussi nous avons « subi » et vu « subir » des choses que nous ne pensions jamais vivre. Nous aussi nous avons mangé notre « pain noir ». Que celui qui ne se souviendra pas, lève le doigt !

Mais nous l’avons combattu et vaincu ! « Heureusement, plus chez nous » pensions nous.

Nous avons vécu ces 10 derniers mois en semi-liberté. Pour ne pas dire en liberté totale. Le masque : un chauffe-cou quand nous dénions le mettre. Le gel hydroalcoolique : un vague souvenir au fond de notre sac. La distanciation sociale : un leurre.

Nous embrassons nos êtres chers en les serrant fort contre nous. Nous avons dansé et chanté serrés les uns contre les autres. Nous avons remonté et rattrapé le temps. Nous avons fait des feux de joie en faisant fi à la vie.

Nous nous sommes régalés avec nos letchis, nos mangues, nos ananas. Bien sûr, nous avons regrettés ceux qui n’étaient pas là pour se délecter comme nous de ces jus. Nous avons eu du regret pour nos familles, nos amis et nos « pauvres » touristes. Mais bon, du coup, nous en avons eu beaucoup plus pour nous et pas pour cher !

Egoïstes et humains que nous sommes.

 

Nous avons couru cheveux au vent sur nos belles plages aux sables fins. Riant à gorges déployées nous nous sommes jetés dans l’eau émeraude de nos mers. Dorés et repus par le soleil nous avons écouté les chants des oiseaux sous l’ombre de nos filaos. Nous sommes seuls au monde. Nous sommes libres. Liberté, libertés chéries.

Utopie dans un monde réel.

Ce soir, le premier ministre nous a annoncé un nouveau confinement d’une quinzaine de jours. Le virus est de nouveau parmi nous. Sorti de nulle part ou tout du moins nous ne savons pas trop comment il est arrivé. Toujours est-il qu’une dizaine de « cas » se sont relevés positifs. Des centaines de personnes ont été testés et sont contraints de rester chez eux.

J’ai été stupéfaite par cette annonce, pour ne pas dire sonnée ! Je suis restée bêtement sur mon canapé à écouter en boucle les commentateurs disséquer cette intervention. Je ne sais pas pourquoi. Non pas que je ne n’y attendais pas. Cela se sentait depuis quelques jours. Mais l’espoir fait vivre ! Pour bien des raisons je croyais, j’espérais, je voulais de toutes mes forces que cela ne soit pas le cas.

Déni majeur.

Alors, j’ai laissé filer mes doigts sur le clavier et accrocher mes pensées sur l’écran de mon ordinateur.

Je voulais intituler cet article : Voyageons ! Parce que je m’étais dit que ce serait une bonne idée de parler de voyage, question de nous évader après cette annonce. J’ai de belles photos de Rodrigues que je voulais vous montrer. Je voulais vous parler de cette merveilleuse île que je viens seulement de découvrir. Je voulais le faire avec un ton léger. Je le ferai, c’est sûr.

 

Et, finalement cela a pris une autre tournure. J’ai changé le titre.

L’écriture à ses raisons…

 

Merci de m’avoir lu.

Maya 🌼

 

Note du 10 mars 2021 au matin. J’ai écrit ce texte hier le 9 mars, une bonne heure après l’annonce du premier ministre jusqu’à environ 2h du matin. Ce matin, les annonces se multiplient et mes pensées ne sont plus les mêmes.

Maya

6 Comments

Alexandra1 an ago

Merci pour tout ces jolies mots maya et avec les si belles photos

Reply

Maya1 an ago

Merci Alexandra pour avoir lu mes pensées du jour et pour votre joli message.

Reply

Chamila1 an ago

jai adorer te lire Maya parceque je croyais aussi qu’on allait rester dans ce paradis terrestre pendant encore longtemps. Je faisais ‘la grand noir?’ en disant aux autres a l’etranger qu’on etait covid-free. Je faisais des jaloux en postant des photos des fetes qu’on partait, des prieres etc.. et bingo! je suis aussi tombee des nues 🙁 Je suis tres triste de cela car pendant 10 mois comme tu dis, on a vecu libre (tu utilises le mot semi-libre hehe).

Reply

Maya1 an ago

Merci Chamila, cela me fait chaud au cœur de savoir que tu a aimé cet article. Je suis bien triste aussi que nôtre petite île soit de nouveau touchée. J’espère que cela ira mieux rapidement 😊. Prend soin de toi et de ta famille.

Reply

MARIELLA1 an ago

Tres beau texte merci a vous Maya

Reply

Maya1 an ago

Merci à vous de m’avoir lu Mariella. Je suis contente de savoir que ce texte vous plait 🌼

Reply

Leave a comment